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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 21:39

Une ébauche de débat est lancée à propos d’un article que j’ai écrit sur le  Phytolacca americana ( à lire dans la catégorie « le jardinier curieux, connaissance des plantes »). Trouvant le sujet passionnant, j’ai décidé d’en délivrer le contenu dans cet article.


Commentaire de Fred

Cette espèce est très répandue sur le territoire national. On la rencontre dans au moins 44 départements de métropole.
Comme son nom l'indique, le raisin d'Amérique est originaire d'Amérique et plus précisément des USA et du Canada (Ontario, Québec).
Elle est dite "invasive", non pas pour une question de nature de sol mais parce qu'elle n'a rien a faire ici. Elle n'a pas de place dans nos écosystèmes et peut les mettre en péril :
- en prenant la place d'une autre espèce,
- en détruisant d'autres espèces,
- en provoquant des maladies imprévues ou inconnues
...etc
Certaines plantes comme la jussie (jolie en aquarium) ou les tanaris étouffent les biotopes, d'autres on des pollens très allergènes... etc
L'histoire de son introduction est France reste floue, mais il semble que le raisin d'Amérique soit arrivé en France par le port de Bordeaux pour se déplacer vers le Languedoc. Ces deux régions sont des régions vinicoles et on extrayait des baies du raisin d'Amérique une teinture qui servait à colorer le vin. Cette teinture a servi également à teindre des tissus et le papier. C'est sans doute là l'origine d'un de ses noms vernaculaires : "teinturier".
Mais on connais maintenant certaines vertues toxiques de la plante (des moutons et des chevaux sont morts après absorption).
Il faut être vigilant. On appelle le principe de précaution.

FB écologue-naturaliste


Ma réponse :

 

Je vous remercie de votre implication dans ce débat. Je suis tout à fait d’accord pour appliquer le principe de précaution en matière de végétaux importés. J’ai visité recemment la réserve ornithologique d’Arcachon où ils ont de gros problèmes avec le seneçon  ramené de Floride par une habitante de la région. D’ailleurs le transport de végétaux est en principe réglementé (mais rarement appliqué et c’est là que le bas blesse) . Pour le phytolacca, comme je le dis dans mon article, je ne l’ai pas implanté dans mon jardin et il est toxique. A aucun moment je ne fais l’apologie de la plante. Mon article est simplement informatif. Comme je fais partie d’une association botanique où nous échangeons des plantes, je soupçonne qu’il y est arrivé par ce biais là. Je vais préciser à la fin de mon article qu’il fait partie de la liste de végétaux invasifs et nuisibles à notre écosystème. Je vous informe d’ailleurs qu’il semblerait que des pépiniéristes ont cette plante à leur catalogue. S’il faut faire de la prévention, il faudrait commencer par là et la faire interdire à la vente. Par contre je me refuse à suivre la ligne pure et dure des opposants à toute implantation de végétaux « étrangers » dans leurs jardins. Car si je devais me contenter de la flore locale, le jardin serait un peu ennuyeux bien que cette flore soit très jolie et interessante (j’ai d’ailleurs une rubrique où j’ai commençé à la recenser et d’autre part, je la préserve comme je peux en pratiquant le désherbage manuel et en me refusant à employer des désherbants). Tout végétal implanté volontairement dans mon jardin ne l’est qu’après m’être documentée. Je suis actuellement en train de lire le superbe livre de Christian Lévêque, directeur de recherche émérite à l’IRD « La biodiversité au quotidien. Il y dénonce entre autres le discours alarmiste des ONG et de beaucoup de scientifiques sur les introductions d’espèces qui mettraient en péril la biodiversité autochtone. Je cite (page 65) « Ainsi, après des siècles d’efforts pour acclimater en Europe et ailleurs des espèces venant d’autres continents, on considère maintenant que les introductions constituent de réels dangers pour la flore et la faune autochtones. Cette volte-face se justifie parfois, mais elle correspond également à une position quelque peu intégriste...

 

D’après certaines estimations relativement grossières, mais qui ont le mérite de fixer les idées, on peut dire que sur 100 espèces introduites, 10 peuvent s’établir. Parmi celles-ci, une seule proliférera au point de faire des dégâts. » . Christian Lévêque fait également remarquer que les pouvoirs publics ne se donnent pas les moyens de faire appliquer les réglementations et que « les scientifiques quant à eux campent sur des attitudes souvent partisanes, comme de s’opposer à toute introduction sous le prétexte de protéger la biodiversité sans se donner les moyens de développer un discours scintifiquement construit prenant en compte les exigences de la conservation, celles du développement, et la réalité du monde. Oubliant que dans le monde réel les introductions d’espèces, qui sont une manipulation à grande échelle de la vie sur la Terre, se poursuivent à une vitesse sans précédent en dépit des nombreux discours alarmistes. De manière un peu iconoclaste, on pourrait penser que la mondialisation de la diversité biologique est aussi un facteur favorable à la diversification du vivant. » .

Je ne peux bien sûr pas citer tout le chapître. Le discours de Christian Lévêque a de quoi déranger les « intégristes » en matière de protection de la biodiversité autochtone mais il me semble raisonné, argumenté et raisonnable. 

 

Claude Lasnier

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commentaires

guillaume du coin jardin 20/01/2009 23:27

Je crois que nous sommes beaucoup à penser qu'un beau jardin doit comporter quelques essences exotiques ou étrangère, c'est une dominante du jardin. L'idée du rêve nous pousse à vouloir acclimater des plantes du bout du monde, mais il s'agit simplement de ne pas faire n'importe quoi. Ça me fait penser un peu à un parallèle (tiré par les cheveux, je l'accorde) que l'on peut faire avec par exemple l'envie de ramener un masque africain en bois d'un voyage et essayer de "l'acclimater" à la déco du salon. Il y a un élément de "déco" étranger mais l'impact sur la planète n'est pas préjudiciable. A l'inverse, on peut faire le choix de ramener une statuette en ivoire d'éléphant, dans les 2 cas il y aura un élément exotique mais avec un impact différent sur la planète. Donc juste pour conclure, je suis d'accord avec Claude et je trouve irréaliste et déraisonné d'avoir un comportement "extrémiste" face à l'implantation de variétés étrangères, cependant prédire les risques de prolifération d'une "nouvelle" plante extraite de son milieu naturel (changement des facteurs climatiques et environnementaux...) n'est sans doute pas évidente et mériterait de créer des études en amont de son introduction. Je ne sais pas si c'est réalisable...Vous avez une idée ? quand au Phytolacca americana c'est assez aberrant qu'il soit encore en vente libre, mais il est probable (pour avoir travaillé dans une société de vad de plantes ) que cela soit du à une méconnaissance de son aspect invasif.

luc 17/01/2009 17:56

Il est vrai que c'est un débat sans fin.
Quand j'habitais dans les Landes , il en naissait spontanement un peu partout, il fallait donc leur faire la chasse dans nos jardins. Malheureusement les forêts sont devenues maintenant une mine inépuisable pour leur dissémination ...
Faudrait-il plus de contrôles aux douanes ? sans doute, mais est-ce vraiment facile à faire ? Imaginons le temps qu'il faudrait si on devait ouvrir tous les bagages ! Quand je pense tout le mal qu'on a pour récuperer des colis de rhizhomes d'iris en provenance des USA ou d'Australie, alors que ce sont des plantes bien connues et avec certificat sanitaire obligatoire, ça laisse songeur ....

Kristin 15/01/2009 19:29

Un débat intéressant mais sans fin...il ya , à mon humble avis, des plantes qui sont vraiment envahissantes ou dangeureuses. Pour d'autres, elles sont là depuis si longtemps qu'elles sont devenues indigènes . D'autre part, je crois que les invasions se font dans des écosystèmes déjà très fragiles (il me semble avoir lu que la caulerpa taxifollia qui a fait si peur en Méditerranée a cessé de s'étendre lorsqu'elle est arrivée dans des secteurs plus "solides").
Cela n'empêche pas de surveiller les fleurs et les graines des plantes pouvant présenter un risque;

sophie 15/01/2009 15:31

Personnellement, je n'ai jamais voulu de cette plante ici, connaissant sa réputation invasive.
Ceci dit je crois que les ayatollahs de l'écologie font beaucoup de tort à l'écologie elle-même. Il ne faut pas refuser pour autant toute introduction de plantes étrangères! Je suis contente de faire pousser des tomates et des haricots dans mon jardin, et encore plus d'en manger!

Main verte 15/01/2009 15:24

Tu as bien fait. La remarque est très intéressante. Bises

tzarig 15/01/2009 14:58

Salut Claude,
Merci de lancer ce débat sur les espèces invasives. Je partage entièrement ton point de vue sur le sujet. N'oublions pas de replacer ce sujet dans une perspective historique, depuis toujours les hommes ont transporté avec eux, au fil de leur implantation sur de nouveaux territoires, les végétaux qu'il jugeaient utiles ou décoratifs. La "mondialisation" existe depuis longtemps, elle s'est certes accrue quand les moyens de transports ce sont modernisés, mais l'impact de l'introduction d'espèces non indigènes (animales ou végétales) n'est problèmatique que dans des écosystèmes fragiles. En france, les espaces "vierges" n'existent pas vraiment, nous vivons sur des terres façonnées depuis toujours par l'activité humaine. Les forêts dans lesquelles nous nous promenons par exemple n'ont rien de "naturel", elles sont le fruit de la main de l'homme.
Si toutefois on veut réduire l'impact de nos activités, le jardinage dans ce cas précis, on peut couper les fleurs fanées des espèces végétales qu'on juge invasises.
Au plaisir de te relire. Grégory.

Lady Isa 15/01/2009 07:26

Zut... je voulais ajouter un petit qque chose:si cela ne te dérange pas, veux-tu bien m'envoyer par un mail ton adresse postale... pour que la petite surprise puisse te parvenir !

Lady Isa 15/01/2009 07:22

J'ai tout lu attentivement ! Merci pour ce débat fort intéressant ! Si j'ai toujours fait attention au niveau de mon potager, je n'ai pas été exemplaire au départ au jardin en matière de choix de plantes ! Mais, petit à petit, je comprends l'importance de chacun de mes choix, de mes gestes... et des billets comme celui-ci est vraiment des plus intéressants ! Merci vraiment Claude de prendre le temps de consigner tout cela...
Et comme tout dans la vie et au jardin, je crois que tout est une question d'équilibre.. Tout n'est pas noir ou blanc !

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Qui suis-je? Claude, professeur de l'E.N., jardinière le week-end. Je me suis lancée il y a 20 ans dans la création d'un jardin naturel à partir d'un grand champ labouré d'un hectare où il n'y avait pas grand chose mais l'essentiel: une vieille grange, 2 arbres centenaires, un ruisseau et une mare. Il y a 7 ans, j'ai fait construire ma maison dans mon petit paradis et je partage la vie des animaux qui y ont trouvé refuge.

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